Tarifs douaniers américains : quel impact sur l’environnement?
Si les tarifs douaniers font beaucoup parler en raison de leurs conséquences économiques, ils pourraient également avoir un impact sur l'environnement, selon certains experts. Les tarifs douaniers pourraient réduire la production de pétrole au Canada. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh Le Canada produit environ 5,5 millions de barils de pétrole par jour, dont plus de 4 millions sont exportés vers les États-Unis, rappelle Jean-Thomas Bernard, professeur invité au Département de science économique de l'Université d'Ottawa. Selon lui, les tarifs douaniers imposés par Washington pourraient réduire la compétitivité du pétrole canadien et entraîner une baisse de la production. Si une baisse de l'activité économique peut être bénéfique pour l'environnement à très court terme, selon Aliénor Rougeot, responsable du programme sur le climat et l'énergie à Environmental Defence Canada, elle n'est désirable pour personne. Aliénor Rougeot, responsable de programme pour Environmental Defence Canada. Photo : Radio-Canada / Lounan Charpentier Cette réduction de production canadienne ne signifierait pas une diminution de la consommation américaine de pétrole. La production d'aluminium canadienne est moins polluante que celle de la Chine, affirme Jean-Thomas Bernard. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé Le Canada possède une industrie de l'aluminium d'envergure mondiale, alimentée par de l'électricité hydroélectrique, peu polluante, note le professeur Bernard. Les États-Unis sont très dépendants de cette production, mais des tarifs douaniers pourraient les inciter à se tourner vers d’autres producteurs, comme la Chine. Le professeur n'est pas certain que les Américains se tourneront vers la Chine, mais il rappelle que le pays produit un peu plus de la moitié de l'aluminium à l'échelle mondiale. Or, l’aluminium chinois est produit avec une électricité provenant principalement du charbon, une source d’énergie beaucoup plus polluante que l’hydroélectricité canadienne, fait remarquer le professeur. Des bobines d'acier dans l'usine d'Algoma Steel de Sault-Sainte-Marie, en Ontario. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Justin Tang L’acier canadien est aussi directement menacé par les tarifs douaniers américains. Une réduction de la production pourrait freiner la transition verte de cette industrie, selon Peter Warrian, chercheur émérite de la Munk School of Global Affairs & Public Policy à l'Université de Toronto. L’électricité canadienne, principalement issue de l’hydroélectricité et du nucléaire, est beaucoup moins polluante que l’électricité américaine, qui provient en grande partie de centrales au gaz naturel, qui, elles, émettent des gaz à effet de serre, explique le professeur Jean-Thomas Bernard. Si les tarifs douaniers rendent l’électricité canadienne moins attrayante, les États-Unis pourraient se résoudre à en produire davantage eux-mêmes, en utilisant des sources d’énergie plus polluantes. Le premier ministre ontarien, Doug Ford, a annoncé une surtaxe de 25 % sur l'électricité ontarienne exportée aux États-Unis à compter du 10 mars, en guise de représailles contre les tarifs douaniers du président américain, Donald Trump. La centrale nucléaire de Pickering, en Ontario. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell Des propos que nuance Aliénor Rougeot, qui rappelle que la province a augmenté de façon rapide la portion de l'électricité produite avec du gaz au cours des sept dernières années. Abonnez-vous à l’infolettre Ontario. Le professeur Bernard affirme également que les tarifs pourraient déclencher une récession économique, ce qui pourrait temporairement réduire les émissions de GES, comme ce fut le cas pendant la pandémie de COVID-19, où le Canada a enregistré une baisse de 66 mégatonnes de ses émissions en 2020. Mais, selon Peter Warrian, ce raisonnement ne tient pas, car une récession affaiblirait aussi les investissements dans la transition énergétique. Peter Warrian est chercheur émérite de la Munk School of Global Affairs & Public Policy à l'Université de Toronto. Photo : Radio-Canada / Zoom Les tarifs douaniers annoncés par Washington poussent déjà certains consommateurs à acheter davantage de produits canadiens, constate Pankaj Aggarwal, professeur de marketing à l’Université de Toronto. Des produits d'épicerie fabriqués au Canada sont présentés sur les étagères de beaucoup d'épiceries au pays. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Ben Nelms Toutefois, cette tendance a ses limites, selon lui. Si les produits locaux ne sont pas offerts, les consommateurs pourraient se tourner vers des options européennes, asiatiques ou mexicaines, ce qui entraînerait davantage de pollution due au transport. Les tarifs douaniers ne sont qu’un élément d’une politique économique plus large de Donald Trump, qui menace les mesures environnementales mises en place par Joe Biden, selon Peter Warrian. Jean-Thomas Bernard partage cette inquiétude : Le professeur à l'Université d'Ottawa Jean-Thomas Bernard croit que la production de véhicules électriques ne sera pas haut dans les priorités des États-Unis. Photo : Radio-Canada Avec Donald Trump, la priorité sera la production de pétrole, rappelle le professeur Bernard, un changement qui pourrait laisser des traces durables. Pour Aliénor Rougeot, l'impact sur l'environnement dépend de la réponse canadienne. À son avis, le Canada devrait se recentrer sur une forte production intérieure d'énergie renouvelable. La responsable du programme sur le climat et l'énergie à Environmental Defence Canada pense que le pays devrait miser sur l'économie circulaire, c'est-à-dire mieux utiliser et réutiliser ce qu'on a déjà au lieu de continuer à acheter.Une baisse de la production canadienne de pétrole

Notre pétrole est un des plus polluants en ce qui a trait aux émissions de gaz à effet de serre, ce qui réduit son attrait. [Ce serait] en soi une contribution positive à l'environnement
, affirme le professeur. Toute frustration du libre-échange pourrait générer à très court terme une baisse du transport, donc une baisse des émissions ou une baisse de la consommation
, dit-elle, mais évidemment indésirable pour nous tous.

Cela aura très peu d'impact sur la consommation aux États-Unis, parce qu'ils ont accès au marché mondial
, souligne le professeur Bernard. Donc s'ils trouvent le pétrole canadien trop cher, ils vont se tourner vers d'autres producteurs.
Une baisse de la production canadienne d'aluminium

Une baisse de la production canadienne d'acier

L'industrie sidérurgique est au cœur d'une transition pluriannuelle de plusieurs milliards de dollars pour se débarrasser de l'ancienne technologie, des hauts fourneaux et des fours à coke, et la remplacer par des fours électriques beaucoup plus efficaces sur le plan du carbone
, explique Peter Warrian.Le gouvernement du Canada et le gouvernement de l'Ontario ont accordé de très importantes subventions, mais la majeure partie de l'argent provient des entreprises elles-mêmes et de leurs propres investissements
, dit-il. Une augmentation de la production d'électricité américaine

En Ontario, 60 % de l'électricité provient du nucléaire, qui n'émet pas de gaz à effet de serre
, affirme Jean-Thomas Bernard.On a cette image d'une électricité propre en Ontario, ce qui était le cas historiquement avec le nucléaire et tout ce qui est hydroélectrique, mais malheureusement, c'est en train de changer rapidement.
Infolettre Ontario
Une récession économique

Je ne suis pas très réconforté par le fait que la production de pétrole pourrait diminuer un peu en cas de récession
, dit-il. Si l'économie s'effondre, nous n'aurons pas l'argent pour réaliser la transition énergétique, qui comprend l'abandon progressif du pétrole.
Les limites de la consommation locale
"Canadien", en tant que marque, est soudain devenu extrêmement important pour beaucoup de gens
, soutient-il. 
Un recul des politiques environnementales américaines
Si l'on en croit le président Trump, il semblerait qu'il veuille annuler, éliminer ou renverser les réglementations mises en place par M. Biden et retirer tout le financement
, affirme Peter Warrian. Et c'est là quelque chose de plus important et de plus menaçant que les tarifs douaniers.
M. Biden avait lancé une initiative pour favoriser l'introduction des énergies renouvelables aux États-Unis, et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce sera mis en pause pour quatre ans.

La réponse canadienne
La tendance est de se dire d'où va venir notre électricité, mais on ne se focalise pas sur la possibilité de réduire cette demande en électricité.
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